22/02/2008

Musée d’art et d’histoire: non au projet Nouvel!

 

Avant tout, Patrimoine suisse tient à souligner que nous reconnaissons sans réserve les besoins respectables du Musée d’art et d’histoire et la nécessité d’augmenter les surfaces dédiées à l'exposition des collections. D’autre part, les auteurs du «Plan directeur du Musée d’art et d’histoire» comme ceux de l’«Avant-projet de restauration et d’agrandissement du musée» reconnaissent l’importance patrimoniale du bâtiment inauguré en 1910.



Le musée Charles-Galland est la pièce maîtresse d’un ensemble urbain unique compris entre la partie haute de la Vieille-ville et le plateau des Tranchées. L’histoire a doté ce site d’une topographie, sur deux niveaux, exceptionnelle à Genève. Tout le bâti joue de ce dénivelé et Marc Camoletti, architecte concepteur du musée, tire très habilement parti de ces spécificités topographiques. Il amarre le bâtiment du musée, «quatre ailes autour d’une cour carrée », par une aile monumentale, dominée par un corps central, à la promenade de l’Observatoire.



A ces qualités conceptuelles et typologiques s’ajoutent d’indéniables qualités matérielles. Dès la première phase de chantier, le Conseil administratif signalait que le musée «par ses proportions et son style réalise le plus grand effort architectural accompli dans notre pays depuis la construction de la cathédrale Saint-Pierre».



Cette architecture est mise en valeur par un remarquable travail de la lumière naturelle. Le vestibule éclairé bilatéralement en offre peut-être la meilleure expression: sans le jour naturel provenant des grandes baies sur cour, le bel escalier baroque perdrait une grande partie de sa magie, mais c’est surtout l’ensemble du dispositif spatial qui perdrait sa lisibilité. C’est précisément la cour du musée, conçue par Marc Camoletti, qui joue un rôle essentiel tant dans la lisibilité du parti architectural et spatial que dans le concept d’éclairage.



Le Musée d’art et d’histoire est aujourd’hui presque centenaire. Il n’a connu aucune transformation majeure jusqu’ici. Cette cohérence architecturale est malheureusement devenue rare de nos jours et même exceptionnelle.



Le plan directeur, soumis aux bureaux d'architectes, lors du concours en 1998, ne fait aucune allusion à la situation légale existante. Le bâtiment du musée se trouve au cœur de la zone protégée et plus particulièrement de la zone sud des fortifications qui est régie par un certain nombre de règles constituant le cadre de sa protection et précisant en particulier que les gabarits doivent être respectés. (voir la loi sur les constructions et installations diverses).



Le projet prévoit une surélévation de 2 niveaux au dessus des toitures et verrières existantes impliquant une dérogation de la loi. Les toitures du musée seront donc complètement bouleversées.



Dans la vision générale de la ville, depuis le lac, les quais ou autres points de vue, la silhouette de la colline historique est dominée, nuit et jour, par la cathédrale. Il serait inconvenant que cette prééminence soit remise en question par un volume dont l’unique raison d’être est d’abriter un restaurant panoramique.




Qualités et défauts du projet


Plusieurs composantes du nouveau programme contribuent à augmenter, dans une certaine mesure, les surfaces nécessaires à une meilleure mise en valeur des collections. Il est à l’évidence judicieux de récupérer des surfaces importantes sous les niveaux actuels en excavant la cour et le passage qui relie les deux boulevards. Il en est de même pour les locaux de dépôts qui sont libérés et deviennent lieux d’exposition.



Nous saluons la volonté de rétablir les espaces des salles du rez inférieur selon les divisions d’origine et de réaffecter les grandes salles du rez supérieur à l’exposition des collections permanentes, avec les éléments nécessaires pour un accueil de qualité. De même nous reconnaissons l’intention de tirer parti des sources de lumière naturelle, les baies des façades et les verrières des toitures.



Cependant, la composition d'ensemble de l’édifice ne peut pas être bouleversée sans risquer d’aboutir à une banalisation intérieure et à une incohérence des circulations et des rapports entre les espaces. Il faut prendre clairement conscience que le bâtiment impose des limites au programme d’extension des surfaces.

 



L’occupation de la cour, telle que proposée, n’est pas admissible, car elle va anéantir cet espace intérieur qui est le centre de la composition. La superposition des « plateaux » d’une épaisseur considérable, et sans la moindre transparence, empêchera toute perception de l’espace et de l’architecture. La lumière naturelle, réduite à sa plus simple expression, ne jouera plus jamais le rôle qui est le sien depuis l’origine. Indépendamment des solutions techniques qui portent une atteinte irrémédiable à l’édifice (encastrement des piliers dans les façades, etc…), il s’avère que le patrimoine n’est pas respecté et que le vide de la cour ne peut pas être tout simplement «rayé de la carte».



Il faut relever que, dans d’autres édifices, l’occupation d’une cour de musée avec une couverture transparente comme lieu d’exposition a modifié la perception de l’espace, mais sans empêcher la lecture de l’architecture. La cour, couverte ou non, garde sa fonction spatiale pour l’édifice, peut devenir un espace pour des manifestations éphémères et demeure un lieu de vie privilégié au cœur de la ville.

 

Autres solutions possibles



Nous sommes convaincus que plusieurs autres alternatives existent, mais n’ont pas été exploitées. Ainsi, la possibilité d’utiliser la cour de l’ancienne école des Casemates et le passage Burlamacchi, dont la surface disponible est considérable, l’implantation d’une extension sur la parcelle de l’Observatoire ou encore l’étude d’une réaffectation de l’Ecole des beaux arts (moyennant son relogement dans des espaces mieux adaptés).



Le projet d’agrandissement ne peut se faire au détriment de ce patrimoine singulier que représente le bâtiment conçu par Marc Camoletti et nous regrettons ce manque d’investigation comme nous déplorons la frilosité des autorités qui n’ont pas envisagé ces pistes.



L’application des principes des chartes internationales de la restauration doit être garantie, celles-ci prévoient des dispositions claires lorsqu’il s’agit d’ajouter des éléments nouveaux dans des situations construites ayant une importance patrimoniale majeure. Le cas du Musée d’art et d’histoire pourrait être, à cet égard, exemplaire tout en atteignant les objectifs de surfaces dont le musée a besoin.


Patrimoine suisse Genève
Genève, vendredi 15 février 2008

 

Pourquoi notre conférence de presse du 15 février?

Dans le cadre de la relance du projet de restauration et d’agrandissement du Musée d’art et d’histoire nous avons été amenés à donner un avis sur l’impact du projet Nouvel/Jucker auprès de la Ville de Genève et de la Fondation pour l’agrandissement du musée. Un rapport a été rendu en novembre 2007 et le département des affaires culturelles de la Ville de Genève a initié des rencontres entre l’autorité municipale, la Fondation et Patrimoine suisse.


Un embargo de ces pourparlers avait été convenu entre les parties afin de ne pas compromettre un possible aboutissement d’une négociation du projet. L’objectif étant de faire évoluer le projet dans le sens, d’une part d’un plus grand respect du patrimoine de l’édifice, d’autre part d’un agrandissement compatible avec la nature du musée.



Or, à la fin 2007 et en janvier de cette année, la Ville de Genève et la Fondation ont informé le public, par voix de presse, du projet d’agrandissement alors que les discussions sur la révision du projet Nouvel/Jucker sont en cours. La close de discrétion n’ayant pas été respectée par les autorités et la Fondation, nous estimons qu’il est de notre devoir de donner les éléments d’un rapport critique au projet présenté. C’est la raison de notre conférence de presse du 15 février. Nous pensons que cette situation nous met dans une situation grave pour ce bâtiment parmi les plus remarquables de Genève.



Il est aussi à relever que notre association n’avait pas réagit lors du concours de 1998 puisque très vite les autorités de l’époque avaient gelé le projet d’agrandissement, et donc ne l’avait soumis ni à l’autorité législative de la Ville ni à une procédure d’enquête publique.

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