19/04/2009

Avez-vous croisé un architecte cantonal ?

A Genève ? Vous plaisantez ! Vous savez bien que cette région de la Suisse est un peu spéciale, on y a de la peine à reconnaître les compétences locales. Il faut toujours aller chercher ailleurs… Il faut dire que les décideurs passent un temps fou à discuter de ce qui pourrait empêcher l’acceptation de projets ou la sauvegarde d’ensemble urbains remarquables.
Vous connaissez l’expression «pesée d’intérêts»? Comme le disait dernièrement Bernard Attinger (ancien architecte cantonal du Valais) «on peut toujours interpréter les lois et les règlements dans le sens le plus restrictif pour essayer de voir comment empêcher les choses, quel est le défaut.» Sauvegarder, restaurer, transformer, développer, construire… ces mots deviendraient-ils suspects? Ou est-ce l’absence d’une culture architecturale et patrimoniale, dans le débat politique, qui hypothèque plusieurs projets genevois ? Quelques exemples:


  • L’installation bienvenue de lignes de tram ne s’accompagne pas d’une ambition sur la requalification des espaces-rues. Fonctionnel, certes, mais très technique et conçu de manière trop compartimentée.
  • L’accord sur les surélévations des immeubles en 2e et 3e zone n’est pas prolongé qualitativement, les cartes indicatives sont élaborées par l’Etat sans l’approbation de la CMNS ni de la Ville de Genève.
  • La reconnaissance du patrimoine contemporain du XXe siècle tarde; officiellement, la première liste d’inventaire n’est pas publiée par le DCTI. A cela s’ajoute la question de l’amélioration thermique de ces constructions pour lesquelles une approche qualitative doit être requise.
  • Le «projet Nouvel» pour l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire bute sur un refus catégorique du Conseil administratif de la Ville de Genève d’examiner d’autres hypothèses d’agrandissement.
  • La question de «lieux de vie» au bord de l’eau et de la rade se pose effectivement. Mais le projet de plage et d’extension de la Nautique cumule des programmes portuaires trop importants. Ils risquent de porter ombrage aux autres propositions d’aménagement de la petite Rade, du quai du Mont-Blanc et de la Perle du Lac.
  • Le projet d’extension de l’OMC ne prend pas les précautions de concertation/dialogue et se politise… On est reparti dans des procédures disproportionnées et réactives sans pouvoir débattre d’une insertion qualitative des limites dans le parc Barton qui doit être sécurisé. La Confédération et l’Etat de Genève doivent négocier les conditions du site comme «préalable » au projet.
  • Tous attendent le dépassement du masterplan de Praille-Acacias-Vernets (plan d’affectation et de zones dans la zone) au profit d’une approche plus morphologique pour la réalisation d’un vrai morceau de ville.
  • Le débat entre mesures d’économie d’énergie et patrimoine devient polémique et ne débouche pas sur un état des lieux global permettant de discerner les différents niveaux d’intervention. Il s’agit d’établir une carte des invariants et déterminer les potentiels d’installations solaires sur l’ensemble des constructions à toits plats par exemple.

Genève souffre néanmoins d’un manque d’accompagnement prospectif pour faire évoluer et aboutir ses projets. On reste au niveau de la procédure pour résoudre ou dépasser les contradictions. C’est insuffisant !

L’aide au projet et à la décision que pourraient apporter un «architecte urbaniste cantonal» et un «conservateur cantonal» (qui ne cumule pas la fonction de directeur administratif) implique une mise au concours de deux à trois postes: cet objectif devrait être introduit dans les programmes des différents groupes parlementaires. A six mois des élections, il serait utile d’en discuter.

Un signe encourageant tout de même: la création d’une Haute école du paysage, de l’ingénierie et de l’architecture (HEPIA)  en  substitution de l’Institut d’architecture fermé en 2006. L’espoir de pouvoir former des compétences manquantes et transdisciplinaires est à saluer. Il reste encore la formation en urbanisme qui ne peut être assurée en quelques mois à l’Institut de l’environnement.

Pour faire aboutir et assurer un développement (fondé sur le «contexte»), voir même gagner du temps, l’Etat aurait tout intérêt à mobiliser compétences et ressources à hauteur des ambitions affichées (projet d’agglomération, PAV, Plan directeur, requalifications urbaines, éco-quartiers, etc.). C’est ainsi qu’opèrent les grandes villes de Suisse et d’Europe qui ont mis à l’ordre du jour des politiques territoriales durables, des valorisations du patrimoine et des espaces publics. Cette politique éviterait bien des déboires avant que le risque d’une démotivation étendue ne mine le cœur même de l’agglomération franco-valdo-genevoise.

Dans l’intervalle vous pouvez consulter le dernier numéro d’Alerte traitant du thème «Ville et densité» sur notre site : www.patrimoinegeneve.ch

Marcellin Barthassat,
président de Patrimoine suisse Genève

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